Je suis tombée amoureuse de la culture du piment

 

 

Hermine NGUEPI dans son champ de choux

Quand j’étais plus jeune, j’entendais parler du mot « EFA » à la maison mais je ne l’ai jamais lié à quelque chose de précis, si ce n’est que c’était une école puisque mon père y enseignait. Après mon Certificat d’Etudes Primaires (CEP), alors que je m’attendais à m’inscrire au collège, mon père m’appelle pour me parler de l’EFA comme étant une « école de la vie » où le jeune apprend les métiers ruraux et à gagner sa vie. Je ne comprenais absolument rien. Tous les week-ends, j’étais avec mes parents dans leurs champs, je savais tenir la houe et cultivais toutes sortes de culture en les imitant tout simplement. Je ne comprenais donc pas pourquoi je devais aller encore apprendre à l’école à faire ce que je savais déjà faire.
Au début des cours, j’étais là uniquement parce que mon père était formateur et que je ne savais comment m’enfuir. Mais progressivement, et surtout lorsqu’on a commencé à apprendre comment faire un compte d’exploitation, j’ai compris que l’agriculture était rentable et pouvait bien faire vivre son Homme. J’ai donc été curieuse de vérifier cette affirmation. Chaque fois qu’on commençait à faire une culture, j’écrivais toutes mes dépenses dans un cahier jusqu’à la récolte pour voir effectivement ce que je gagnais pour chacune d’elle. Et une fois que je trouvais une culture rentable, je me donnais à fond pour maîtriser sa technique culturale.
Après plus d’une année de formation je suis tombée amoureuse de la culture de piment que j’ai décidé de faire mienne. Pendant l’élaboration de mon projet, je me suis rendue compte que le piment était cultivé juste pour la consommation locale. Après avoir soutenu mon activité professionnelle à l’EFA, j’ai demandé une parcelle de terrain à mes parents, un peu plus grande que celle que j’occupais comme parcelle expérimentale.

Hermine et sa famille dans son champ de persil

Bien qu’ayant peu de terres, mes parents m’ont donné une parcelle de 1200 m² que j’ai subdivisée en quatre : la première pour la culture du piment, la deuxième pour la jachère et les autres pour les produits de substitution. Pour ma parcelle de piment, j’ai dépensé 18 000 FCFA pour la fiente que j’utilise comme engrais organique, 10.000 FCFA pour l’engrais chimique en complément et 10.000 FCFA pour les traitements phytosanitaires. La première année j’ai vendu le piment de 210.000 FCFA. Or il est à noter que le piment, bien entretenu reste en production sur la même parcelle pendant trois ans. A ma troisième année de récolte, cette parcelle me donnera comme bénéfice net une somme de 516.000 FCFA.
En plus du piment, je cultive aujourd’hui les choux et le poireau. Ce ne sont pas des cultures nouvelles dans mon village. Mais je les cultive à contre saison au moment où elles se vendent bien. Grâce à la formation, j’ai appris à bien vendre mes produits. Quand bien même je cultive mon piment en période d’abondance, j’essaye de le conserver au maximum pour vendre le maximum en période de pénurie. Les nouvelles techniques de production et de commercialisation nous donnent beaucoup d’espoir.
Mon ambition est d’avoir une parcelle de 1200 m² de piment. Ceci me donnera un minimum de 70.000 FCFA de revenu nette chaque mois. Au village, cette somme est acceptable pour mener une bonne vie. Mais en attendant, je me suis inscrite, grâce à mes revenus du piment, à l’Institut Monseigneur Albert Ndongmo (IMAN) pour continuer mes études. J’ai l’intention d’obtenir mon Certificat d’Aptitude professionnel (CAP) en agriculture avant de revenir m’installer définitivement et contribuer au développement de mon village.

Emile Wobenso

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3 Responses to Je suis tombée amoureuse de la culture du piment

  1. Marcel dit :

    très encourageant et très ambitieux. Beaucoup de courage.

  2. Roger Herve dit :

    Ceci montre une fois de plus que l’amour et la persévérance mènent au succès. Le cameroun a un potentiel agricole immense et largement sous exploité. Cet exemple nous montre avec des mots petits et simples comment on peut changer son quotidien avec des idées à portée de main.

  3. Marcel dit :

    au regard de cette expérience, j’entreprends de cultiver le piment sur 1ha dans le Mbam en milieu forestier. Est-ce une bonne entreprise relativement au choix du lieu et de l’espace à occuper?

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